Le temps des cerises

Carnet de voyage #15

18 mai 2017.Clément Courte.1 J'aime.3 Commentaires
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DATES: DU 19 JUIN AU 20 JUILLET 2016
DISTANCE TOTALE PARCOURUE: 3404 KM
ÉTAPES: COLOMBIER-LE-VIEUX, SAINT-FÉLICIEN, TOURNON-SUR-RHÔNE, TAMÉE, BOZAS

Nous l’avons espérée, attendue et attendue encore. Et finalement, le lendemain de notre arrivée chez la famille Sapet, la saison de cueillette de cerises commençait bel et bien pour nos petits doigts avides de récolter et notre porte-feuille avide d’être de nouveau confortable…

1. Les cerises

Pour celles et ceux qui connaissent Isis, la cueillette de cerise, c’est quelque chose de sacré! Alors quand nous avons rencontré Sébastian à Chulilla et qu’il nous parlé d’un plan pour aller cueillir des cerises en Ardèche… Ni une, ni deux, on s’est dit que ce serait le meilleur moyen de prolonger notre voyage!

Après une attente longue et terrrriblement douloureuse (voir notre dernier Carnet de voyage), nous avons tout d’un coup changé de rythme et une nouvelle routine s’est installée. L’un.e de nous restait dormir avec Yaëlle (souvent Clément) pendant que l’autre allait cueillir. Et en après-midi, nous inversions les rôles!

Sur place, nous avions des conditions de rêve : des douches chaudes, une machine à laver, une cuisine toute équipée, un hangar pour nous abriter (le vent est particulièrement coriace dans cette région) et surtout, des escaliers que Yaëlle pouvait grimper et descendre jusqu’à overdose des parents…

Le lendemain de notre arrivée donc, nous avons commencé à travailler. Et pas moins de deux jours plus tard, Sébastian et ses ami.e.s espagnols de Chulilla (Yasmin, Alvez et Marta) nous ont rejoint. L’occasion pour nous de continuer à perfectionner notre espagnol et pour Yaëlle d’écouter des comptines dans une nouvelle langue! Également, une grande famille vietnamienne fait partie de l’aventure. Depuis une trentaine d’années, la grand-maman, ses enfants puis leurs conjoints et conjointes, enfants, etc, toute la famille revient d’année en année pour cueillir les fruits dans cette ferme.

Et en parlant de la ferme, on doit vous parler de la famille Sapet qui la gère. D’abord Bernadette, la mère, avec qui nous avons eu nos premiers contacts, cela ne lui prendra que quelques minutes pour tomber amoureuse de Yaëlle. Ensuite André, le père, toujours joyeux et souriant, qui avec l’âge a décidé de passer le flambeau. Et donc Manu, le fils, qui co-gère maintenant la ferme avec sa mère. C’est une force tranquille avec qui il n’y a jamais de problème mais que des solutions! Et enfin, la femme et les deux enfants de Manu, avec qui nous avons créé moins de liens mais qui forment une belle famille dans une belle vallée!

2. L’accident

Tous les samedis, à Tournon, en bas de la vallée, nous descendions au marché faire nos emplettes. Ayant découvert depuis peu un raccourci à travers les montagnes, nous l’empruntions désormais pour gagner quelques précieuses minutes de trajet. Forcément, notre chemin de traverse empruntait une route étroite et abrupte. Et alors que, un peu pressé.e.s d’arriver avant la fin du marché, nous descendions à toute vitesse entre les champs de collines et les collines de champs, patatra! Isis, surprise par une voiture surgissant d’un tournant, freina de tout son être, mais la remorque continua sur sa lancée et elle se retrouva catapultée dans le décor…

Elle passa par dessus son vélo et atterrit douloureusement et violemment sur le bitume. Ouch! La voiture n’aura eu aucune égratignure, mais sa conductrice, la frayeur de sa vie… Quand à Yaëlle, elle a pleuré quand elle a entendu sa maman crier, mais s’en est sortie indemne, bien protégée dans sa remorque.

La conductrice a proposé de ramener Isis, Yaëlle, le vélo et la remorque à la ferme. Sur place, ce fut le branlebas de combat. Bernadette sortit le Mercurocrome, les pansements, les bandelettes, les compresses, le coton, etc. Isis était dans un sale état mais entre de bonnes mains. On lui a proposé plus d’une fois de la conduire à l’hôpital, mais elle a refusé. Elle l’a regretté ensuite!

Bilan des courses donc : pas de courses, une pause de vélo pour Isis, un petit trou au menton, un coude grappillé, une main salement écorchée, le ventre éraflé,  les côtes assez douloureuses pour craindre le rire, un genou râpé, et enfin le plus terrible, un téton légèrement grignoté… L’allaitement (et tout le reste) devint alors un peu plus funky pour quelques semaines, et Isis a dû se résigner à un congé de cueillette forcé. Elle qui ne rêvait, parlait et parlait encore de cerises depuis des mois, cela lui a donné un sacré coup au moral!

Les deux premières semaines furent très difficiles, car s’occuper d’une bébé,  avec un corps endolori de surcroît, n’est pas de tout repos, et du repos, Isis en rêvait, peut-être plus encore que de cerises. Plus le temps passait, plus sa douleur aux côtes l’inquiétait. Aurait-elle dû aller aux urgences? Mais ce n’était plus une urgence… Heureusement, Martha la massothérapeute lui fit un massage, désagréable certes, mais après lequel elle sentit que sa condition s’améliorait.

Comme toujours, quand on tombe, soit on s’aplatit, soit on rebondit. Et heureusement, nous avons choisi la deuxième option. Alors Clément s’est mis à fond dans la cueillette pendant qu’Isis s’occupait de Yaëlle et la vie a suivi son cours.

3. L’escalade

Parce qu’il n’y a pas que la cueillette dans la vie, nous avons profité de l’entre-saison, temps de repos entre les cerises et les abricots pour aller grimper dans les environs. Nos ami.e.s espagnol.e.s étant aussi passionné.e.s de varappe des montagnes, nous avons traversé le Rhône pour nous rendre dans la Drôme voisine visiter ses falaises aux cotations sévères…

Question de pimenter un peu le tout, Clément s’est rendu sur place à vélo, sans bagage, les places étant limitées dans les camions des ami.e.s. Et c’est tard dans la soirée, définitivement perdu.e.s, dans le noir, éreinté.e.s, que nous nous sommes rejoint.e.s au village de Tamée, sans avoir trouvé la falaise. Sans trop chercher, nous avons décidé de dormir dans une cour qui semblait abandonnée, qui dans la tente, qui dans le camion. Mais, au petit matin, nous avons été réveillé.e.s par des paysans du coin, étonnés et un tantinet fâchés. Pensant avoir affaire à des voyous, des drogué.e.s ou je ne sais quoi. Ils ont commencé par nous crier dessus, les chiens des amies n’aidant pas vraiment. Mais en nous expliquant, calmement, ils ont retrouvé leur calme et nous sommes reparti.e.s avec les indications pour se rendre à la falaise tant convoitée.

La route qui mène aux gorges était évidente (dans la lumière du soleil). Un petit pont, une conduite d’eau forcée et une centrale électrique. Ainsi qu’un grand parking où nous avons pu squatter sans déranger qui que ce soit. L’escalade quand à elle était exigeante et les cotations franchement pas données. Après une pause de quelques semaines pour Clément, se remettre sérieusement dans des projets n’était pas évident. Alors ce sera un séjour pas de croix, mais une chouette première impression pareil! De son côté, Isis, toujours blessée, n’a pas escaladé mais était contente d’être dans les montagnes, la forêt et de pouvoir profiter du ruisseau dans le fond des gorges.

4. La ballade

Lors de notre arrivée à Colombier-le-vieux, nous nous étions promis.e.s de profiter de notre séjour pour visiter les environs. Mais finalement, avec le rythme effréné de la cueillette, la vie sociale avec les autres cueilleurs et cueilleuses, l’état d’Isis et les fins de semaine pour récupérer, nous avons dû faire quelques concessions. Néanmoins, nous avons réussi, une fois, à voler de nos propres ailes pour faire une ballade à vélo et à pied dans un charmant village voisin.

Nous avions repérée cette promenade lors de notre premier jour. En effet, avant de commencer à travailler, nous avions fait un saut à l’Office de Tourisme du coin pour demander les points d’intérêt. Et l’un d’eux avait retenu notre attention : la rando-croquis de Bozas.

En gros, l’idée c’est de suivre un chemin de randonnée plutôt court, avec des points d’arrêt contenant un banc et un pupitre, sur lequel il nous est proposé d’utiliser une technique de croquis en rapport avec un point d’intérêt particulier du paysage : un ruisseau, le village et les champs, un mur en pierre, un arbre biscornu, etc. Même si nous n’avions malheureusement pas de quoi dessiner, on a tout de même beaucoup apprécié. D’autant plus avec cette belle lumière chaude de fin de journée d’été!

5. Les abricots

Trois semaines seulement après notre arrivée, la saison des cerises prenait déjà fin… Les petits fruits rouges et délicieux furent remplacés par des gros fruits oranges tout aussi savoureux : les abricots!

Il fut difficile au début d’accepter que l’on n’était plus payé à la production mais à l’heure (moins payant du coup) et donc que cueillir au rythme effréné des cerises n’était plus au goût du jour. Bien sûr, il y a toujours du rythme mais c’était différent. Nous faisions une seule équipe avec l’ensemble des cueilleurs.euses et le but était de ramasser ensemble l’ensemble du champs.

L’ambiance est alors plus propice aux échanges, aux chansons et aux discussions. Et les champs sont remplis de vie et de folie. En grande partie grâce à nos ami.e.s espagnol.e.s! 🙂

7. Le temps des fêtes

Isis étant née un 13 juillet, Clément un 20 juillet et Yaëlle un 22 juillet, nous avons pour cette année décidé de fêter toute la famille en même temps. D’autant plus que nous prévoyions partir avant la fin de la saison des abricots pour aller rejoindre nos ami.e.s Dan, Myriam et Gabriel, dans leur chalet proche de Grenoble, et que nous serions seul.e.s pour les deux derniers anniversaires de la famille. Ce fût donc en même temps une sorte de fête de départ!

Isis avait cuisiné deux beaux gâteaux végétaliens succulents, une tarte aux abricots et un gâteau choco-noisette au glaçage irrésistible! Tout le monde s’est léché les babines!

De cette saison à la ferme des Sapet, nous garderons pleins de bons souvenirs, malgré l’accident d’Isis et tout ce qu’une saison de cueillette peut impliquer de fatiguant. Nous reviendrions bien l’année prochaine, qui sait? En attendant, nous voilà de nouveau sur les routes, direction Grenoble et ses environs (donc les montagnes!)…

Catégorie(s) : Carnet de voyage, Escalade
Étiquettes : #Ardèche, #cueillette, #fruit

Commentaires (3)

  • Serge . 19 mai 2017 . Répondre
    Heureusement que tu est faite forte, ma fille…

    J’ai encore pleine confiance en ta bonne étoile,
    mais quand même, un peu de vigilance ne ferait pas de tort.

    Merci pour les photos et le suivi de l’aventure.

    Avec tout mon amour à distance.

    • Isis Gagnon-Grenier . 24 mai 2017 .
      🙂

      Je fais ce que je peux pour la vigilance! Pas d’autre accident à déclarer depuis!!

      On va bientôt être de retour, pas encore chez nous, mais dans une maison stable pour quelques semaines du moins. On va peut-être rattraper un peu de notre retard dans le récit de nos aventures. 🙂

      Avec tout mon amour à distance aussi!

  • Viaud . 26 mai 2017 . Répondre
    Merci encore une fois pour ce beau récit. J’espère qu’Isis ne se ressent plus de son vol plané.
    Que de peur !
    A très bientôt de suivre votre périple.

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